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      Mélanie arriva le lendemain matin à la porte de la grande maison de Cladie. Il était 9h. L’infirmière préférait passer voir la vieille dame en dernier, car elle parlait beaucoup et risquait de la mettre en retard pour ses rendez-vous suivants. Elle prit la clé dans sa poche et ouvrit la porte d’entrée. La maison était silencieuse, comme à l’accoutumée. Elle monta doucement les quelques marches menant au Petit Salon, la chaleur la prenant de plus en plus à la gorge. Elle avait l’habitude de monter le chauffage le matin, et Fred, l’homme de ménage, le baissait lorsqu’il passait dans l’après-midi. S’il faisait aussi chaud, c’était probablement parce qu’il n’avait pas pu venir la veille.

   Elle poussa la porte vitrée du Petit Salon. La chaleur vibrait tout autour d’elle. Elle aperçut la vieille dame, dans son vieux fauteuil qu’elle ne quittait plus, les yeux fermés, paisible. Inquiète, elle s’approcha d’elle d’un pas vif et posa deux doigts sur son cou. Lorsqu’ils trouvèrent un pouls, elle poussa un soupir de soulagement. Elle se précipita alors sur la fenêtre, celle donnant côté jardin, et l’ouvrit en grand. L’air frais du matin emplit la pièce, apportant avec lui des effluves sucrées de jasmin et de lys. Mélanie en frissonna de plaisir. Elle aperçut Sabine, en contrebas, le nez dans un carré de terre. La jardinière s’essuyait le front et plissait les yeux dans le soleil du petit jour. Mélanie la salua avec bonne humeur.

      « Comment avancent tes plantations ? s’enquit Mélanie.

     – Je m’occupe surtout des mauvaises herbes, cette semaine, répondit Sabine de sa voix éraillée. Jeudi prochain, je pourrai commencer à planter des carottes ! Armelle pourra faire des purées et des flans, Madame Debonne adore ça.

      – Super idée. Tu n’es pas montée au Salon, ce matin ?

      – Non, pourquoi ? »

   Soudain, un coup de vent l’interrompit. Une ronde d’air s’engouffra par la fenêtre, faisant trembler les cheveux blancs de Cladie, et débusquant un morceau de papier sous son fauteuil, qui s’empressa de voleter vers l’ouverture. Le voyant filer sous son œil et reconnaissant un chèque bancaire, Mélanie tenta de le rattraper en tendant les bras et en gesticulant, mais ses doigts ne le touchèrent pas du tout. Elle cria à Sabine de le saisir au vol, mais le temps qu’elle l’aperçoive, il avait déjà volé au-dessus de la haie de charmilles, droit sur le square aux oiseaux. Décontenancée, elle se tourna vers sa patronne, avec l’espoir qu’elle n’avait pas vu ce qui venait de se passer. Mais la vieille dame avait les yeux grands ouverts. Alors que Mélanie ouvrait la bouche pour se confondre en excuses, Cladie sourit. Elle l’interrompit, de sa voix de crécelle :

    « Ne vous en faites pas, mademoiselle, je suis sûre qu’il tombera entre de bonnes mains.

       – Mais… Votre chèque…

       – Parlons plutôt des flans à la carotte, voulez-vous ? »

       Et Cladie recommença à sourire, sous le regard interloqué de Mélanie, qui mit un temps avant de retrouver son sac pour changer la perfusion.

***

       De l’autre côté de la haie de charmilles, le chèque non signé avait ralenti sa course pour atterrir gracieusement sur un banc, montant caché. Le square était calme, comme tous les matins en semaine. Les enfants et les personnes âgées arriveraient aux alentours de 14h, comme tous les mercredis. Et le chèque resta sur son banc, face au kiosque, à l’abri des platanes, jusqu’à 14h.

A suivre.

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